L’intelligence artificielle ne bouleverse pas seulement les logiciels et les centres de données. Selon une nouvelle étude de Counterpoint Research, elle serait désormais à l’origine de la plus grave crise d’approvisionnement jamais connue par l’industrie du smartphone. Résultat : les ventes mondiales devraient s’effondrer de près de 14 % en 2026, avec seulement 1,08 milliard d’appareils expédiés, un niveau inédit depuis 2013. Et cette fois, le problème ne vient pas d’un manque de demande.
Les puces mémoire accaparées par l’IA
Au cœur de la crise se trouve un composant essentiel de tous les smartphones : la mémoire vive. Depuis plusieurs mois, les fabricants de semi-conducteurs réorientent massivement leurs capacités de production vers les mémoires et les modules DRAM destinés aux serveurs d’intelligence artificielle. Ces composants sont notamment utilisés dans les infrastructures de Nvidia, OpenAI, Microsoft ou encore Google.
Conséquence directe : les mémoires LPDDR4 et LPDDR5 utilisées dans les smartphones deviennent de plus en plus difficiles à produire. Counterpoint estime que les prix de ces composants pourraient tripler au deuxième trimestre 2026 par rapport à la fin de l’année 2025. La situation devrait rester tendue jusqu’en 2027.
Les smartphones les moins chers pourraient disparaître
Cette pénurie touche particulièrement les modèles d’entrée de gamme. L’offre de mémoire LPDDR4 devrait chuter de plus de 40 % cette année, rendant économiquement difficile la fabrication des smartphones les plus abordables.
Dans certains marchés, les appareils vendus sous la barre des 150 dollars pourraient même disparaître durablement. Les fabricants se retrouvent pris en étau entre la hausse brutale des coûts de production et des consommateurs incapables d’absorber de nouvelles augmentations tarifaires.
Inversement, les ventes des smartphones premium ont déjà progressé de 14 % au premier trimestre 2026, et la tendance devrait se poursuivre à mesure que les stocks constitués avant la crise s’épuisent.
Apple et Samsung mieux protégés
Tous les constructeurs ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. Counterpoint Research estime qu’Apple et Samsung disposent d’une position particulièrement favorable grâce à leur taille, à leur pouvoir de négociation auprès des fournisseurs et à leur stratégie déjà largement orientée vers le segment premium.
Apple devrait ainsi maintenir des volumes d’iPhone globalement stables en 2026 malgré le ralentissement du marché. Le cabinet prévoit même un retour à la croissance dès 2027 avec une progression de 5 % des expéditions.
Cette situation pourrait permettre à Cupertino de gagner des parts de marché face à des concurrents plus exposés aux tensions d’approvisionnement. Samsung devrait également limiter la casse avec un recul attendu d’environ 4 %, très inférieur à la moyenne du secteur.
Les fabricants chinois sous pression
La situation apparaît beaucoup plus contrastée du côté des constructeurs chinois. Xiaomi aurait enregistré une baisse de 19 % au premier trimestre et pourrait voir ses expéditions chuter de 28 % sur l’ensemble de l’année. À l’inverse, Huawei fait figure d’exception et serait le seul grand constructeur chinois capable de progresser en 2026. Les marques fortement positionnées sur l’entrée de gamme sont particulièrement vulnérables.
Si cette crise pénalise les fabricants, elle profite en revanche au marché du reconditionné. Counterpoint prévoit une croissance de 13 % du marché de l’occasion dès cette année, portée par la hausse des prix du neuf et l’allongement des cycles de renouvellement.
Le cabinet estime que l’industrie pourrait retrouver un certain équilibre à partir de 2028 grâce à une normalisation progressive de l’approvisionnement en mémoire, à l’arrivée des premiers réseaux 6G et à la maturité des futurs appareils conçus autour de l’intelligence artificielle.
Qu'en penser ?
En attendant, la crise actuelle pourrait marquer un tournant durable pour l’industrie. Pendant des années, les fabricants se sont battus pour vendre toujours plus de smartphones. Désormais, l’enjeu devient de savoir qui pourra encore produire suffisamment d’appareils à un prix acceptable. Et paradoxalement, c’est l’explosion de l’IA qui menace aujourd’hui l’un des marchés technologiques les plus importants au monde.